Le Mystère du Kinétoscope

Snow et Winter Tome 3

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Reines-Beaux

April 29, 2020

Cover art: Reese Dante

Translators: Kalaan Tsuckbell

Genre: Amateur sleuth mystery, romance

S’il y a bien une chose que j’avais apprise de ces six derniers mois de meurtres et de mystères, c’était à m’attendre à l’inattendu.

Max Ridley et moi fixions la caisse en bois d’un mètre vingt qui avait été livrée à l’Emporium ce matin-là. Cela faisait bien une minute qu’aucun de nous n’avait dit un mot.

— Cinq balles qu’il y a un cadavre à l’intérieur, lança-t-il enfin.

— Il sentirait, réfutai-je en secouant la tête.

— Une personne normale n’aurait pas répondu ça, rétorqua-t-il sans détourner le regard de la caisse.

— La normalité est relative.

— Ne nous lançons pas dans des débats philosophiques avant dix heures.

Je fis un pas et sortis le bon de livraison de l’enveloppe plastique collée sur le devant du colis. Je le dépliai et pris ma loupe pour lire les petits caractères.

— Ça vient de qui ? demanda Max.

— Je n’en suis pas sûr.

— Il faut que j’appelle les flics ?

Je levai les yeux avant de répondre :

— La dernière fois qu’on a fait ça, ils ont envoyé une justicière autoproclamée qui a essayé de me tuer.

— C’est vrai, acquiesça Max en sortant son téléphone. Mais je connais trois policiers et, indirectement, un agent du FBI, donc on a le choix.

— Du calme.

— Je me méfie des paquets surprises maintenant, Seb.

Je revins au bon de livraison.

— Cela vient d’une société de transport dans l’Upper East Side.

— Mais il n’y a pas de nom ?

— Non.

— Ça t’est adressé directement ?

— Au propriétaire de l’Emporium, rectifiai-je.

— J’appelle les flics.

Je levai les yeux vers Max, tendis la main et la posai sur son téléphone.

— C’est sûrement Calvin qui a commandé quelque chose pour l’appartement.

Ah oui, c’était une des conséquences positives de l’explosion de mon appartement en février. Il avait fallu plus de deux mois de recherche et de harcèlement d’agent immobilier, mais, depuis la veille, Snow et Winter étaient les nouveaux locataires du 4 B, un loft situé dans l’East Village, au-dessus d’un café et d’une boutique de fringues hippies. Et malgré l’infime pourcentage de chance pour que cela arrive, il remplissait toutes mes exigences de psychotique ; et pour un loyer qui n’exigeait pas que Calvin et moi nous saignions à blanc. Je veux dire, il était bien plus cher que mon vieil appartement douillet à loyer encadré, mais me voir signer les factures avec mon nom et celui d’un type que j’aimais beaucoup… Ouais. Ça valait bien un loyer un petit peu plus cher.

— Appelle-le et demande-lui, proposa Max.

— Il est occupé à faire des trucs d’homme, répondis-je.

— Quoi ?

— Il défait les cartons, porte des trucs lourds, met des taquets dans des trous…

— Alors je démissionne.

— Bon sang, Max.

— Appelle-le.

Je poussai un soupir d’agacement, sortis le téléphone de la poche arrière de mon pantalon, sélectionnai Calvin dans mes contacts récents et l’appelai.

— Salut, bébé, fit-il en décrochant.

— Salut. Tu as une seconde ?

— Pour toi ? Plusieurs même.

— Tu es trop mignon.

Calvin rit.

— Tout va bien ?

— Oui. Je viens juste de recevoir un colis à l’Emporium et je me demandais si tu avais commandé un gros truc pour l’appartement… Comme un lustre ?

— Et je l’aurais fait livrer là-bas ? demanda-t-il d’un air perplexe.

— Mmh mmh.

— Non.

Je fronçai les sourcils et jetai un regard en biais à Max.

— J’ai une mystérieuse caisse d’un mètre vingt au milieu de ma boutique.

— En quoi est-ce insurmontable, Hercule ?

— Oh…, m’exclamai-je avec un sourire timide.

— Ça te plaît ? demanda Calvin.

— Oui.

— Je savais que tu aimerais.

Je ris et cela déplut à Max.

— Je me suis dit que je pouvais te demander avant de l’ouvrir. J’ai tendance à recevoir beaucoup de trucs comme ça. Les gens rangent le grenier de grand-mère et m’envoient des vieilleries en me demandant de les « garder jusqu’à ce que ça se vende ». Comme si j’étais un entrepôt.

— Aucune adresse de retour, alors ? demanda Calvin alors que j’entendais dernière lui du scotch qu’on enlève d’un carton.

Ce matin-là, j’avais proposé de fermer l’Emporium pour l’aider à finir de tout défaire, mais il avait poliment posé un baiser sur mon front et m’avait poussé vers la porte.

— Une entreprise de transport et de fournitures perdue à l’autre bout de la ville.

— Ah.

— Tu t’attendais à un cadeau de pendaison de crémaillère ? lançai-je au hasard.

Non pas qu’un seul membre de sa famille sache que nous comptions emménager ensemble, ils avaient tous complètement coupé les ponts à Noël lorsqu’il avait fait son coming-out. À l’exception de son oncle Nelson. C’était un vieux type gentil. Je lui avais dit bonjour au téléphone quelques fois. Il n’avait rien à voir avec l’impression que m’avait faite le père de Calvin, un militaire retraité qui me haïssait par principe.

— Non, répondit Calvin.

— Je vais ouvrir cette caisse.

— Je t’en prie.

— On se voit ce soir.

— Je serai le grand type en sueur dans l’appartement, répondit-il.

— J’adore quand tu es en sueur.

— Boss, intervint Max que j’aurais juré entendre lever les yeux au ciel.

Calvin riait à l’autre bout du fil.

— Salut, mon cœur.

— Salut.

Je rangeai le téléphone dans ma poche.

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