Le Mystère des Ossements

Snow et Winter Tome 4

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Reines-Beaux

October 28, 2020

Cover art: Reese Dante

Translators: Kalaan Tsuckbell

Genre: Amateur sleuth mystery, romance

Mes matins à l’Emporium suivaient une routine calme et confortable.

Sur fond de Nat King Cole, un café moyen sortait de la machine dans mon bureau, tandis que j’amadouais le thermostat jusqu’à entendre le cliquetis des vieux radiateurs et le sifflement de la vapeur.

Et lorsque quelqu’un perturbait cet ordre établi, j’avais tendance à m’agacer.

Un toc toc soudain sur la porte de devant me fit perdre le compte de la caisse. Je me penchai sur le comptoir pour observer la silhouette floue de l’autre côté de la vitre.

Cette personne frappa une nouvelle fois et se présenta d’une voix étouffée :

— C’est la coursière !

Je grognai et tendis la poignée de pièces à mon assistant, Max Ridley.

— Compte ça pour moi.

Je descendis les marches, me frayai un chemin à travers les allées tortueuses de ma sombre boutique et ouvris la porte. Une bourrasque glacée et chargée de neige entra alors.

— On n’est pas encore ouverts.

La femme à vélo haussa les épaules dans son gros manteau d’hiver.

— Oui, bah c’est pas mon problème, répliqua-t-elle à travers un cache-nez avant de me présenter un formulaire. Signez tout en bas.

J’approchai le porte-bloc mais il était plus qu’impossible de lire les détails concernant l’origine du colis étant donné l’écriture en pattes de mouche laissée par l’employé de l’entreprise de transport.

— J’espère que vous avez une prime pour les livraisons avant l’heure d’ouverture, lançai-je en signant la feuille avant de la rendre.

La coursière fourra l’écritoire dans son énorme sac, en sortit un carton cubique, et le jeta presque dans mes bras.

— Et joyeuses fêtes, conclut-elle avant de retourner dans le froid du matin et détacher son vélo cadenassé au réverbère en face de la boutique.

— Ouais, bonnes fêtes, marmonnai-je en refermant la porte. Quelle heure est-il ?

— Euh… Moins cinq, répondit Max depuis le comptoir.

Je ne refermai pas la porte à clé.

Max fermait le tiroir de la caisse en cuivre lorsque je le rejoignis. Il prit sa tasse et but une gorgée de café.

— C’est pas le service en ouraline, hein ?

— J’espère pas, répondis-je en posant le paquet. À moins qu’ils aient envoyé la carafe en plusieurs morceaux.

À cette évocation, Max grimaça ostensiblement.

Une verrerie de cette époque était trop moderne pour bénéficier d’une place permanente dans mon magasin, mais j’avais accepté, pour un projet de Max, de prendre un ensemble de verres à sept pièces que l’on m’avait juré rouge rubis. Dernièrement, il insistait davantage pour rechercher des contacts et se faire son propre carnet d’adresses. Et puisque le marché de la verrerie des années 30 se portait bien, je m’étais dit « pourquoi pas ».

J’utilisai une paire de ciseaux pour couper le ruban adhésif au milieu du carton, et écartai les rabats afin de sortir une feuille de papier pliée laissée au sommet d’un sac plastique épais et opaque. Quelques phrases étaient griffonnées dans une écriture que l’on qualifierait d’adaptation moderne du style Spencérien :

M. Sebastian Snow, Propriétaire

— Qu’est-ce que ça dit ? demanda Max avant que je n’aie le temps d’aller plus loin que déplier la note.

— Ce n’est pas un ticket de loto gagnant, observai-je en lui adressant un regard en coin. Ça perd déjà tout son intérêt.

— Il n’y a pas que l’argent dans la vie, Seb.

— Tu peux parler, c’est pas toi qui dois payer une facture d’hôpital longue comme le bras.

Je m’étais fait tirer dessus en mai. Ce taré de Pete White m’avait presque descendu avec un revolver antique et pour seule récompense, j’écopais d’une vilaine cicatrice et d’une dette monstrueuse. Sans surprise, en apprenant la valeur des esquisses de Dickson que j’avais sauvées, ses descendants, la famille Robert, avaient voulu les récupérer, sans la moindre intention de me laisser gérer leur vente aux enchères.

Alors que ma commission aurait été insignifiante comparée à la somme que je leur prédisais en tirer. Enfin, très bien. Bonne chance pour essayer de naviguer dans le monde des enchères de luxe sans avoir de contacts. Pendant ce temps-là, moi, je serai ici à éviter les appels du service de facturation de l’hôpital. Pas de problème.

Je sortis une loupe de ma poche arrière et la fis survoler les lettres qui imitaient le style calligraphique des échanges commerciaux du milieu du XIXe siècle.

Une proposition intrigante pour un homme des plus curieux.

Mon identité importe peu. Ma proposition, bien davantage.

Je soussigné, ci-après nommé partie A, souhaite engager Sebastian Andrew Snow, ci-après nommé partie B, afin que celui-ci retrouve un objet des plus inhabituels depuis fort longtemps disparu et négligé.

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